Personne ne regarde sous ses pieds
On parle de dômes. De modules pressurisés. De structures gonflables posées sur le régolithe gris de Luna. Depuis des cycles, les programmes de colonisation lunaire dessinent des habitats de surface — chers, fragiles, exposés aux radiations et aux micrométéorites. Et pendant ce temps, à quelques mètres sous la croûte, des tunnels naturels de plusieurs centaines de mètres de large attendent dans le noir.
Un consortium de neuf laboratoires de la Terre vient de prouver qu'on peut y envoyer des machines. Et qu'elles peuvent en revenir avec des plans.
La descente
L'opération s'est déroulée sur une île volcanique de la Terre — le meilleur analogue terrestre des tubes de lave lunaires. Trois droïdes, trois rôles. Le premier, SherpaTT, une plateforme lourde, a cartographié l'entrée du tunnel et déployé le système de câbles. Le deuxième, LUVMI-X, a largué un cube de capteurs dans l'ouverture : température, géométrie du puits, composition de l'air. Le troisième, Coyote III, est le plus téméraire — un engin compact qui s'est laissé glisser en rappel dans le boyau, puis a roulé seul dans l'obscurité totale.
235 mètres. C'est la distance que Coyote III a parcourue sous terre, sans signal, sans opérateur, en scannant les parois et en construisant un modèle 3D du réseau au fur et à mesure. Vingt et un jours de tests. Quatre phases. Trois machines qui ne se connaissaient pas avant la mission et qui ont appris à fonctionner comme un seul organisme.
Ce qu'il y a en bas
Les tubes de lave sont des vestiges géologiques — des rivières de basalte en fusion qui ont creusé des galeries souterraines il y a des milliards d'années, puis se sont vidées. Sur Luna, en gravité réduite, ces tunnels sont potentiellement bien plus vastes que sur la Terre. Protection naturelle contre les radiations cosmiques, les éruptions solaires, les impacts. Température stable. Pas besoin de construire un bunker : la roche fait le travail.
De quoi abriter non pas un module de survie pour quatre astronautes, mais une colonie.
Ce qui n'a pas marché
L'humidité du tunnel terrestre a brouillé les radars de pénétration. Certains capteurs ont décroché. Et sans données de référence, impossible de certifier la précision des cartes 3D. Sur Luna, le délai de communication avec la Terre n'est que de 1,3 seconde — un luxe comparé au Secteur Rouge — mais quand votre droïde pend au bout d'un câble au-dessus d'un puits de vingt mètres, une seconde c'est déjà long.
Sous la surface
Les résultats sont dans Science Robotics. Le concept tient. Le consortium prépare déjà la suite : envoyer ces machines sur le vrai sol lunaire. Si ce qu'elles trouvent en bas ressemble à ce qu'elles ont trouvé dans les grottes volcaniques de la Terre, la question ne sera plus de savoir comment coloniser Luna. Mais à quel étage.